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Kopeck...
Aujourd'hui, un petit billet qui fait écho à une collègue blogueuse qui m'a bien fait rire en abordant la terrible question de la radinerie.
Les techniques des radins, la stratégie qu'ils mettent en place pour ne pas se faire gauler, leur stratagème pour sauver la face... c'est merveilleusement mesquin, petit, minable et donc totalement humain!
La radinerie a souvent toute sa place dans les histoires de famille. Comme on dit souvent, la famille, contrairement aux amis, on ne la choisit pas alors du coup on prend perpet' à côtoyer des gens que la nature a placée juste à côté de nous. Du coup quand tu dois offrir des cadeaux à certains membres de la famille que tu as bien conscience de ne pas avoir choisi... ben ça peut être dur.
Quand à la Belle-famille, comment dire... je pourrais écrire un bouquin sur ce vaste sujet.
Autant il est parfois difficile de supporter sa propre famille autant supporter celle des autres, c'est souvent une épreuve quasi christique.
Moi, c'est carrément ma croix et pis c'est tout.
Pour commencer par ma propre famille, j'avais une grande tante très snob, très parisienne, très chic et surtout très radine.
Elle vivait comme une grande Dame dans son appartement du 16ème alors que sa situation financière était toujours un peu
tendue car son mari, malgré un début de carrière fulgurant sous l'Occupation, gagnait à l'époque gentiment sa vie.
Du coup, cette pauvre tante a du travailler, ce qui était un truc quand même sacrément vulgaire, sale et vilain pour une femme de sa condition.
Je vous rassure, elle ne farcissait pas du panini tomates/mozza en face d'une gare avec une charlotte sur la tête à 5h00 du mat'...
Non, la malheureuse travaillait chez un antiquaire du 7ème arrondissement.
Cette grande Dame se trouvait être la marraine de ma mère. Du coup, lorsque ma mère s'est mariée, cette fameuse tante devait lui faire un cadeau... En tant que marraine, on imagine un beau cadeau...
Et bien, pour sortir par le haut de cette situation fort pénible (=dépenser de l'argent pour faire un cadeau de mariage), la tante a expliqué à mes parents qu'elle comptait bien leur offrir un cadeau prestigieux. Un cadeau de grande valeur. Un cadeau d'exception. Un cadeau précieux qui proviendrait de l'antiquaire chez qui elle travaillait. Autant dire qu'on frôlait le monument historique avec un nœud autour. Tout le monde faisait des oh et des ah du genre que la Tante bidule elle était drôlement généreuse...
Seulement voilà. Mes parents débutaient dans la vie et leur situation n'était pas encore très stable. Mon père effectuait son service militaire. Leur appartement était petit.
Elle proposait donc d'offrir ce cadeau unique et rare quand mes parents seraient mieux installés.
Et c'est là toute la force des radins, c'est qu'ils arrivent à masquer leur radinerie en la couvrant d'oripeaux clinquants et de beaux sentiments. Car cette tante a toujours eu un discours dégoulinant d'amour bien trop mielleux ou sirupeux pour être honnête. Elle voulait offrir un cadeau au niveau de l'amour qu'elle portait à ma mère, donc il fallait attendre, être patient, avoir toutes les conditions possibles pour accueillir LE cadeau d'amour.
Résultat : que dalle, nada, nothing de chez nothing...
Mes parents l'ont chaleureusement remercié pour la merveille à venir qui n'est jamais venu. Elle a pu passer pour la marraine exceptionnelle qu'elle n'a jamais été. Celle qui offrait des cadeaux incroyables. Elle savait bien que mes parents n'allaient jamais la relancer en lui disant à 45 ans "Ah y'est!!! On est installés maintenant, tu peux nous envoyer ton buffet louis XVI en colissimo!!!"
Les années ont passé et d'autres occasions se sont présentées. Mes parents ont eu des enfants et il a encore fallu faire face au "devoir" du cadeau.
Pour le premier nouveau-né, elle a du pressentir qu'il fallait faire un geste sinon sa radinerie éclaterait au grand jour.
Elle a donc fini par envoyer trois petites estampes chinoises non encadrés et surtout emballés dans du papier journal comme des
épluchures de pomme de terre... sans un mot ou une carte genre, "prends ça dans ta gueule et fais pas chier, je me suis déjà démonté le cul à te trouver
un cadeau, tu veux pas 5000 balles et un mars un emballage aussi?"
Et puis, il y a un cas du côté de ma belle-famille...
Cette "personne" n'est pas particulièrement radine. Non, elle a des défauts plus prononcés. Mais comme les vrais radins, elle
sait parfaitement emballer son cadeau merdique d'un beau discours pompeux que tu as l'impression qu'elle t'a dégoté la 8ème merveille du monde rien que pour toi tellement tu es un être
exceptionnel irradié de lumière et elle aussi.
Ainsi, une fois, à Noël, j'ai eu droit un cadeau drôlement joli.
J'ai bénéficié de la classique introduction-teasing du genre que c'était un beau cadeau, racé, élégant, design...
Un cadeau rare et unique qui collerait parfaitement avec mon sens de l'élégance...
Un cadeau que, elle seule, pouvait trouver tellement elle est maligne maline.
Naïf comme je suis, je commençais à saliver alors qu'elle continuait sa mélodie du cadeau drôlement incroyable.
Et incroyable, je peux vous l'assurer qu'il l'était!
Incroyablement pas cher... incroyablement donné... incroyablement "jteprends pour un gros con et en plus, tu n'y verras que du feu"...
J'ouvre donc le paquet, qui étrangement n'était siglé d'aucune marque, et tombe sur une banale boîte noire pleine d'accessoires pour le vin (bouchon, tire bouchon...).
Elle me regardait triomphante en attendant que je me jette à ses pieds de gratitude...
Seulement voilà, j'avais déjà eu ce cadeau par ma femme...
Il s'agissait d'un cadeau offert par une célèbre chaîne de parfumerie pour 15 € d'achat...
Ma femme l'avait même gagné 1 mois avant en achetant son parfum habituel...
A l'époque, j'avais même accueilli le truc par un "qu'est ce que c'est que cette merde?"...
Je suis donc resté interdit.
Et encore une fois, la radinerie, le mal, Lucifer et tout le bordel méchant a triomphé puisque je ne me voyais pas lui dire que
j'avais déjà eu ce gadget promotionnel cheap cadeau.
Non, je suis doté d'un truc qui s'appelle politesse, la pudeur ou la connerie peut-être?
Non, je n'ai rien dit.
Et j'ai fini par la remercier de sa gentillesse en affirmant que cette idée était tout à fait lumineuse/céleste/originale...
Causeries