Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 15:29

 

 

Mon rapport à l'art contemporain est complexe…

 

Ca m'attire et ça m'agace…

 

Ca m'intéresse parce que je suis naturellement curieux et ça m'énerve parce que l'escroquerie intellectuelle n'est souvent pas très loin…

 

C'est ainsi que je me suis retrouvé avec une bande d'amis à assister à la "performance" de Steven Cohen… célèbre (?) artiste sud-africain… un soir de juin, aux Subsistances, à Lyon.

 

Nous avions été entraînés là par une amie travaillant dans le "milieu"…

 

Quelques gradins sont disposés dans une cour. On prend place. Le spectacle est également dans la salle… c'est boboland…! Le public, malgré ses airs bohèmes et décalés prend la "performance " de ce soir très au sérieux… Les gens chuchotent et tout le monde se félicite de pouvoir assister à une performance du grand, de l'immense, du génial Steven Cohen…!

 

Les lumières s'éteignent… puis une chaussure apparaît, sortant des coulisses…

 

Enfin, une chaussure…

 

panthère la chaussure…

 

compensée la chaussure…

 

L'espace d'un instant, j'imagine qu'on s'est trompé de salle et qu'on va assister à un hommage à Dalida…

 

Puis, je réalise que non.

 

Pour me mettre dans l'ambiance, je commence alors à entonner "Let me be a drag queen" avec mon voisin…

 

Manifestement, ça ne fait rire personne. Le public est captivé par cette chaussure improbable…

 

Puis Steven Cohen surgit sur la scène tel un Bambi aux abois.

 

L'artiste est nu, en chaussures panthère avec une étoile collée sur le sexe… son visage est recouvert d'un maquillage papillon du plus bel effet…

 

L'artiste-Bambi-papillon court d'un bout de la scène à l'autre en manquant par deux fois de chuter de son piédestal ses chaussures panthère…

 

Ca doit être fait exprès, car il joue à la pauvre petite chose malmenée par la vie…

 

Par moment, il pousse de petits cris plaintifs…

 

Évidemment, devant le ridicule fini de la scène, un fou rire commence à m'emporter… je regarde mes amis autour de moi et je vois que tout le monde est dans le même état… larmes aux yeux, lèvres tordues, gloussements…

 

Autour de notre petit groupe en revanche, la concentration est extrême, les gens froncent les sourcils, arrêtent presque de respirer devant la force du message porté par Steven Cohen…

 

Qué message?

 

Pour l'instant, moi je vois un travelo à poil qui gambade sur une scène…!

 

Puis Steven s'empare d'une sorte de stylo. En fait, il s'agit d'une caméra… derrière la scène, un écran géant projette ce que la caméra-stylo filme…

 

Steven aime manifestement beaucoup cette caméra… il commence à la caresser, à l'embrasser…à la lécher… à se la fourrer au fond de la gorge…

 

Sur l'écran du fond, nous avons la joie d'observer la glotte de Steven Cohen sur 4 m²…

 

Le public est captivé…

 

Une musique tonitruante emplit l'espace… puis des discours enflammés… on reconnait la douce voix de… Hitler!

 

Dalida, Hitler, Bambi… ça commence à faire beaucoup pour un seul homme…

 

Pendant ce temps, Steven continue l'exploration de son corps avec son nouveau jouet.

 

"Vas-y que je mette la caméra sous mes aisselles"

Poilou de Steven projeté en 4x3…

 

"Dans mon nombril"

Ah, Steven est un cochonou, il n'a pas bien lavé son petit nombril!

 

"Dans mes oreilles"

Bilan auditif en direct…

 

"Dans mon nez"

Apparition d'une crotte de nez géante sur l'écran….

 

Les images se succèdent… poils, croutes et autres boutons… rien ne nous est épargné…

 

Et puis soudain, une angoisse surgit…

 

Je me dis…

 

"Non"…

 

"Non"…

 

"Non"…

 

"Il ne peut pas faire ça."

 

"Il ne va pas faire ça"

 

Et pourtant, c'est d'une logique implacable.

 

Steven Cohen est en train d'explorer tous ses orifices… et il n'en reste plus qu'un!

 

En fait, non, il en reste deux.

 

Oui, cherchez bien! Il en reste effectivement deux!

 

C'est que Steven est perfectionniste et pointilleux.

 

Il est très à cheval sur les principes.

 

Il veut filmer tous ses trous, donc ça sera TOUS ses trous!

 

Il commence par devant… zizi de Steven en gros plan puis filmage de trou de zizi…

 

J'hésite entre rire et vomir…

 

Mon ami assis à côté de moi commence à être pris du même doute… Il me dit :

 

"Il ne va quand même pas se…."

 

"Ben, moi je crois que rien ne l'arrête…" que je lui réponds en essayant de me convaincre du contraire…

 

Pendant ce court échange, Steven commence à se mettre à quatre pattes…

 

Je ne rentrerai pas dans son cul les détails… mais voilà, vous avez tous compris, Steven se fait une cœlioscopie en direct devant nous…

 

Nous pouvons observer le cul de Steven dans tous les détails et sous tous les angles grâce au superbe écran géant qui n'en rate pas une miette…

 

La sodomie cinématographique dure un moment… Nous sommes une petite centaine de personne à regarder stoïquement un travelo se fourrer une caméra dans le fion.

 

 

Et c'est de l'Art…

 

Oui, plus tard j'apprendrai que Steven est, en fait, à la recherche de son intériorité…

 

Une fois son enculade sa petite affaire terminée, Steven se lève, salue le public puis quitte la scène sous les applaudissements de la foule.

 

Oui, le public applaudit.

 

Certains se lèvent en frappant dans leurs mains, les larmes aux yeux en scandant des "Bravoooo"!...

 

J'entends la femme devant moi qui dit plein de mot en 'ant' : "bouleversant", "émouvant", "dérangeant", "étonnant"…

 

Moi aussi, j'ai très envie de sortir tout un tas de mots en "ant' avec un air inspiré : "révoltant", "indécent", "navrant"… mais je préfère me taire car il y a peu de place pour la critique. Aux Subsistances, on crie au génie et pis c'est tout.

 

L'espace d'un instant je me demande comment l'art a pu passer en un peu plus d'un siècle du "Lac des cygnes" à "Steven Cohen s'encule à sec devant vous avec une caméra"…

 

Bref…

 

Alors que la foule continue à applaudir, l'agent de Steven Cohen monte sur scène et annonce l'arrivée prochaine de son artiste pour un "échange" avec le public.

 

J'ai tout de suite très peur du style "d'échange" dont il s'agit, mais on m'assure qu'il s'agit juste d'une discussion sur son "œuvre".

 

Steven revient sur scène sous un tonnerre d'applaudissements. Il est en jogging mais il a gardé son maquillage-papillon si ridicule charmant.

 

Je me dis que je vais peut-être avoir la chance d'avoir quelques explications sur cette enculade géante cette performance remarquable.

 

Effectivement, une dame du public demande, toute tremblante d'émotion, quel est le sens de cette performance extraordinaire.

 

Là, c'est vrai, je m'attends à un truc fort, puissant…

 

Pour se fourrer une caméra dans l'anus devant 100 personnes, le message doit être sacrément novateur/puissant/révolutionnaire…

 

Et Steven répond comme une petite chose blessée qu'il a voulu dénoncer le racisme et l'antisémitisme…

 

C'est-à-dire que se maquiller comme Dalida un soir de gala, mettre des chaussures de drag-queens des années 90, se foutre à poil avec une étoile juive sur le zob, faire trois allers-et-retours sur scène et s'enculer avec une caméra… veut signifier au monde que le racisme : c'est pas bien!

 

 

Je suis légèrement sidéré par le décalage entre la performance et le message. S'il faut s'enculer avec une caméra pour dénoncer le racisme…

 

Ensuite Steven remercie le public, son agent et la Ville de Lyon qui lui a permis de créer cette œuvre grâce à sa généreuse subvention…

 

Là, un violent souffle de poujadisme a commencé à naître en moi… Je pense à ma taxe d'habitation, mes tickets de parkings, mes amendes de stationnement... tout ça pour payer Steven et ses enculades performances…

 

Heureusement, la "discussion" s'arrête là…

 

Ci-dessous, je vous glisse une critique de la performance. Pas besoin de commentaires second degré, je pense que c'est suffisamment ridicule comme ça…

 

 

La performance de Steven Cohen donne à voir l’atrocité du réel — génocide, ségrégation, misère — et lui sert parfois de filtre, comme pour en atténuer l’impact, la cruauté nue. Et c’est à cette morbidité de l’obscène, cet « inmontrable », que le chorégraphe nous confronte dans Dancing Inside Out (2004), quand, muni d’une caméra portative, il se lance dans l’exploration méthodique de son intériorité : oeil, oreille, verge, anus. L’exhibition du corps fait ainsi écho aux vociférations abjectes de Hitler (que l’on entend en fonds sonore) et aux archives photographiques des camps de la mort dont la vision relève de l’insupportable. La facture de la vidéo elle-même reprend le champ lexical de la surexposition, avec cette lumière aveuglante qui finit par dissoudre les corps au lieu de les rendre visible, anticipant leur anéantissement futur et dénonçant, par métaphore, les amnésies de l’histoire.

 

Steven Cohen, chancelant du haut de ses vertigineux talons, drag queen baroque et dérangeant, condamne les barbaries contemporaines, et plus spécifiquement celles qui touchent à sa culture juive ou à son pays natal, comme dans la vidéo Chandelier tournée au coeur du bidonville de Joannesburg. S’il heurte la pudeur, affronte effrontément la morale, use sans retenue du registre de la provocation, il échappe pourtant à l’apparente facilité d’un tel langage, tant la douceur de son regard sur le monde rend légitime sa démarche. A vif, la chair glabre et dénudée de Steven Cohen devient le territoire d’une expérience du repentir, où la douleur mêlée à la grâce leste le corps d’un poids d’archange. En le regardant quitter la salle avec peine, freiné dans sa marche par la démesure de son accoutrement, sur le point de tomber à chaque pas, on se remémore en nous même un verset biblique : « Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l'enverra au désert sous la conduite d'un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride. » Lévitique XVI, 21-22

Par zadzig - Publié dans : Zadzig stories...
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