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Mon rapport à l'art contemporain est complexe…
Ca m'attire et ça m'agace…
Ca m'intéresse parce que je suis naturellement curieux et ça m'énerve parce que l'escroquerie intellectuelle n'est souvent pas très loin…
C'est ainsi que je me suis retrouvé avec une bande d'amis à assister à la "performance" de Steven Cohen… célèbre (?) artiste sud-africain… un soir de juin, aux Subsistances, à Lyon.
Nous avions été entraînés là par une amie travaillant dans le "milieu"…
Quelques gradins sont disposés dans une cour. On prend place. Le spectacle est également dans la salle… c'est boboland…! Le public, malgré ses airs bohèmes et décalés prend la "performance " de ce soir très au sérieux… Les gens chuchotent et tout le monde se félicite de pouvoir assister à une performance du grand, de l'immense, du génial Steven Cohen…!
Les lumières s'éteignent… puis une chaussure apparaît, sortant des coulisses…
Enfin, une chaussure…
…panthère la chaussure…
…compensée la chaussure…
L'espace d'un instant, j'imagine qu'on s'est trompé de salle et qu'on va assister à un hommage à Dalida…
Puis, je réalise que non.
Pour me mettre dans l'ambiance, je commence alors à entonner "Let me be a drag queen" avec mon voisin…
Manifestement, ça ne fait rire personne. Le public est captivé par cette chaussure improbable…
Puis Steven Cohen surgit sur la scène tel un Bambi aux abois.
L'artiste est nu, en chaussures panthère avec une étoile collée sur le sexe… son visage est recouvert d'un maquillage papillon du plus bel effet…
L'artiste-Bambi-papillon court d'un bout de la scène à l'autre en manquant par deux fois de chuter de
son piédestal ses chaussures panthère…
Ca doit être fait exprès, car il joue à la pauvre petite chose malmenée par la vie…
Par moment, il pousse de petits cris plaintifs…
Évidemment, devant le ridicule fini de la scène, un fou rire commence à m'emporter… je regarde mes amis autour de moi et je vois que tout le monde est dans le même état… larmes aux yeux, lèvres tordues, gloussements…
Autour de notre petit groupe en revanche, la concentration est extrême, les gens froncent les sourcils, arrêtent presque de respirer devant la force du message porté par Steven Cohen…
Qué message?
Pour l'instant, moi je vois un travelo à poil qui gambade sur une scène…!
Puis Steven s'empare d'une sorte de stylo. En fait, il s'agit d'une caméra… derrière la scène, un écran géant projette ce que la caméra-stylo filme…
Steven aime manifestement beaucoup cette caméra… il commence à la caresser, à l'embrasser…à la lécher… à se la fourrer au fond de la gorge…
Sur l'écran du fond, nous avons la joie d'observer la glotte de Steven Cohen sur 4 m²…
Le public est captivé…
Une musique tonitruante emplit l'espace… puis des discours enflammés… on reconnait la douce voix de… Hitler!
Dalida, Hitler, Bambi… ça commence à faire beaucoup pour un seul homme…
Pendant ce temps, Steven continue l'exploration de son corps avec son nouveau jouet.
"Vas-y que je mette la caméra sous mes aisselles"
Poilou de Steven projeté en 4x3…
"Dans mon nombril"
Ah, Steven est un cochonou, il n'a pas bien lavé son petit nombril!
"Dans mes oreilles"
Bilan auditif en direct…
"Dans mon nez"
Apparition d'une crotte de nez géante sur l'écran….
Les images se succèdent… poils, croutes et autres boutons… rien ne nous est épargné…
Et puis soudain, une angoisse surgit…
Je me dis…
"Non"…
"Non"…
"Non"…
"Il ne peut pas faire ça."
"Il ne va pas faire ça"
Et pourtant, c'est d'une logique implacable.
Steven Cohen est en train d'explorer tous ses orifices… et il n'en reste plus qu'un!
En fait, non, il en reste deux.
Oui, cherchez bien! Il en reste effectivement deux!
C'est que Steven est perfectionniste et pointilleux.
Il est très à cheval sur les principes.
Il veut filmer tous ses trous, donc ça sera TOUS ses trous!
Il commence par devant… zizi de Steven en gros plan puis filmage de trou de zizi…
J'hésite entre rire et vomir…
Mon ami assis à côté de moi commence à être pris du même doute… Il me dit :
"Il ne va quand même pas se…."
"Ben, moi je crois que rien ne l'arrête…" que je lui réponds en essayant de me convaincre du contraire…
Pendant ce court échange, Steven commence à se mettre à quatre pattes…
Je ne rentrerai pas dans son cul les détails… mais voilà, vous avez tous compris, Steven se fait
une cœlioscopie en direct devant nous…
Nous pouvons observer le cul de Steven dans tous les détails et sous tous les angles grâce au superbe écran géant qui n'en rate pas une miette…
La sodomie cinématographique dure un moment… Nous sommes une petite centaine de personne à regarder stoïquement un travelo se fourrer une caméra dans le fion.
Et c'est de l'Art…
Oui, plus tard j'apprendrai que Steven est, en fait, à la recherche de son intériorité…
Une fois son enculade sa petite affaire terminée, Steven se lève, salue le public puis quitte la
scène sous les applaudissements de la foule.
Oui, le public applaudit.
Certains se lèvent en frappant dans leurs mains, les larmes aux yeux en scandant des "Bravoooo"!...
J'entends la femme devant moi qui dit plein de mot en 'ant' : "bouleversant", "émouvant", "dérangeant", "étonnant"…
Moi aussi, j'ai très envie de sortir tout un tas de mots en "ant' avec un air inspiré : "révoltant", "indécent", "navrant"… mais je préfère me taire car il y a peu de place pour la critique. Aux Subsistances, on crie au génie et pis c'est tout.
L'espace d'un instant je me demande comment l'art a pu passer en un peu plus d'un siècle du "Lac des cygnes" à "Steven Cohen s'encule à sec devant vous avec une caméra"…
Bref…
Alors que la foule continue à applaudir, l'agent de Steven Cohen monte sur scène et annonce l'arrivée prochaine de son artiste pour un "échange" avec le public.
J'ai tout de suite très peur du style "d'échange" dont il s'agit, mais on m'assure qu'il s'agit juste d'une discussion sur son "œuvre".
Steven revient sur scène sous un tonnerre d'applaudissements. Il est en jogging mais il a gardé son
maquillage-papillon si ridicule charmant.
Je me dis que je vais peut-être avoir la chance d'avoir quelques explications sur cette enculade
géante cette performance remarquable.
Effectivement, une dame du public demande, toute tremblante d'émotion, quel est le sens de cette performance extraordinaire.
Là, c'est vrai, je m'attends à un truc fort, puissant…
Pour se fourrer une caméra dans l'anus devant 100 personnes, le message doit être sacrément novateur/puissant/révolutionnaire…
Et Steven répond comme une petite chose blessée qu'il a voulu dénoncer le racisme et l'antisémitisme…
C'est-à-dire que se maquiller comme Dalida un soir de gala, mettre des chaussures de drag-queens des années 90, se foutre à poil avec une étoile juive sur le zob, faire trois allers-et-retours sur scène et s'enculer avec une caméra… veut signifier au monde que le racisme : c'est pas bien!
…
Je suis légèrement sidéré par le décalage entre la performance et le message. S'il faut s'enculer avec une caméra pour dénoncer le racisme…
Ensuite Steven remercie le public, son agent et la Ville de Lyon qui lui a permis de créer cette œuvre grâce à sa généreuse subvention…
Là, un violent souffle de poujadisme a commencé à naître en moi… Je pense à ma taxe d'habitation, mes
tickets de parkings, mes amendes de stationnement... tout ça pour payer Steven et ses enculades performances…
Heureusement, la "discussion" s'arrête là…
Ci-dessous, je vous glisse une critique de la performance. Pas besoin de commentaires second degré, je pense que c'est suffisamment ridicule comme ça…
La performance de Steven Cohen donne à voir l’atrocité du réel — génocide, ségrégation, misère — et lui sert parfois de filtre, comme pour en atténuer l’impact, la cruauté nue. Et c’est à cette morbidité de l’obscène, cet « inmontrable », que le chorégraphe nous confronte dans Dancing Inside Out (2004), quand, muni d’une caméra portative, il se lance dans l’exploration méthodique de son intériorité : oeil, oreille, verge, anus. L’exhibition du corps fait ainsi écho aux vociférations abjectes de Hitler (que l’on entend en fonds sonore) et aux archives photographiques des camps de la mort dont la vision relève de l’insupportable. La facture de la vidéo elle-même reprend le champ lexical de la surexposition, avec cette lumière aveuglante qui finit par dissoudre les corps au lieu de les rendre visible, anticipant leur anéantissement futur et dénonçant, par métaphore, les amnésies de l’histoire.
Steven Cohen, chancelant du haut de ses vertigineux talons, drag queen baroque et dérangeant, condamne les barbaries contemporaines, et plus spécifiquement celles qui touchent à sa culture juive ou à son pays natal, comme dans la vidéo Chandelier tournée au coeur du bidonville de Joannesburg. S’il heurte la pudeur, affronte effrontément la morale, use sans retenue du registre de la provocation, il échappe pourtant à l’apparente facilité d’un tel langage, tant la douceur de son regard sur le monde rend légitime sa démarche. A vif, la chair glabre et dénudée de Steven Cohen devient le territoire d’une expérience du repentir, où la douleur mêlée à la grâce leste le corps d’un poids d’archange. En le regardant quitter la salle avec peine, freiné dans sa marche par la démesure de son accoutrement, sur le point de tomber à chaque pas, on se remémore en nous même un verset biblique : « Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l'enverra au désert sous la conduite d'un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride. » Lévitique XVI, 21-22
il y a plusieurs années un artiste italien avait mis ses excrements dans des boites de conserves et les vendait, ça marchait plutot bien jusqu'au moment où des boites ont commencé à fuir et la c'est le drame , il faut se dire qu'il y a toujours pire ailleurs en attendant merci pour les franches rigolades que tu nous offres tof
J-7 avant MCLA!!!
J'avais zappé un tps ton blog because nouveau laptop et re bidouillage de tous mes favoris à retrouver. Heureusement que je ne suis pas pc!!..
Et je te retrouve. Trop marrant, j'adore le style
Et ce steven cohen et sa micro caméra renégate: trop fun ton papier
Yo
La question de l'identité de genre (masculin/féminin) n'est pas plus risible, surtout dans le contexte dans laquelle l'amène Steven Cohen comme d'autres avant lui : sous prétexte que tu t'habilles d'une certaine manière, alors tu apparais plus respectable quand d'une autre. L'habillement résulte d'une histoire, et souvent ce qui faisait rire hier ne fait plus rire aujourd'hui. Concernant les travelos qui semblent totalement méprisables dans ton propos, ils sont le produit d'une culture qui mérite tout autant de respect que les autres. Pourquoi ce qui a trait à l'identité et à l'homosexualité pose-t-il tant de problèmes ?
Pourquoi ?
"Une critique du racisme à deux balles" ? C'est à vous qu'il faut demander si vous êtes sérieuse. Il existe en France un courant de pensée qui affirme que les problèmes colonialistes en Afrique du sud sont réglés depuis la fin de l'apartheid, or en filmant Nomsa ou les bidonvilles, Cohen montrent que les problèmes d'inégalités sont toujours les mêmes. Les paroles de Frantz Fanon fonctionnent toujours : "on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche."
Les scènes qui semblent tant vous impressionner, le gros plan sur le sexe et dans l'anus évoquent les examens médicaux doublé de prises de vue photographique (nouvelle technologie à l'époque)sur les hommes homosexuels au 19ème siècle (c'est le « déformation infundibuliforme de l’anus » d'Ambroise Tardieu par exemple). Ces observations "médicales" conduiront tout droit au nazisme et à la haine des gays. Le sexe circoncit était considéré comme une dégénérescence propre au juif et au homosexuel. Les gros plans sur le sexe à l'aide des nouvelles technologies de notre époque contemporaine renvoie aux pratiques du 19ème siècle qui ont été oublié (on continue pourtant de considérer "enculé" comme une insulte sans connaître le poids historique d'une telle conception de l'homosexualité masculine) !
L'oeuvre de Steven Cohen fonctionne comme l'accumulation d'une multitude de codes historiques qui vous amène à la mémoire.
Merci également pour m'avoir apporter la lumière!
J'ai donc un problème avec le corps, le sexe, les homos et les travelos...
je ne sais trop comment répondre tant tout ça est... très daté, très Steven Cohen finalement : une arnaque sous un vernis de culture et de bienpensance.
Nous ressortir le coup de la vilaine société judéochrétienne qui culpabilise le corps...
M'accuser d'homophobie (ça va en faire rire qquns dans mon entourage)...
Je ne sais pas bien comment répondre à ces messages...
Le problème n'est pas que Steven Cohen me choque mais qu'il va jusqu'au bout de tous les clichés les plus éculés sur les pseudos artistes contemporains qui en sont réduit à jouer avec le caca/pipi/vomi/trou pour tenter de faire parler d'eux...
Tous ces grands mots pompeux et toutes ces références prétentieuses que vous utilisez cachent mal la vacuité du message et la médiocrité d'un certain "art contemporain".
Pour faire varier les points de vue.
Et montrer que, non, tout le monde ne pense pas comme vous.
C'est chose faite.
Je pense que si M; Cohen en question n'avait pas fait expliquer le but de sa coloscopie, peu de monde aurait spontanément pu expliquer ce qu'il essayait de démontrer..
Comme quoi on peut leur raconter n'importe quoi, il y en aura toujours qui s'extasieront. La prochaine fois que j'assisterais à une coloscopie dans le cadre de mon travail ou que je changerais une poche de colostomie (ben oui pourquoi pas ?) je vais voir les choses sous un autre angle, c'est certain !
J'hésite entre : ces artistes sont réellement fous pour croire et faire croire qu'ils font de l'art, ou sont ils très intelligents, se gaussant de faire passer leurs conneries pour de l'art ?
Non mais, on va droit dans le mur là, quand-même...
Enfin "Peu importe", le récit de Zadzig m'a fort détendu les zygomatiques, tout comme le reste de son blog. Et là, je dis, bravo l'ARTISTE et merci pour les fouts rires en chaine. Ah, humour quand tu nous tiens !