Ma vie n'est qu'une longue
errance sportive.
Après avoir passé mon enfance et mon adolescence à subir la volonté tenace de mes parents de me faire faire du sport, j'ai continué à l'insu de mon plein gré.
J'ai fini par intégrer le fait que ne pas faire de sport, c'était MAL.
La peur de me transformer en donut vivant m'a donc poussé vers ces endroits qui sentent la chaussette transpirante et le maillot humide...
J'ai donc poursuivi ma longue quête à la recherche du sport parfait.
Celui qui ne fatigue pas trop mais qui fait
maigrir,
Celui qui permet d'être avec les autres sans un être un sport d'équipe,
Celui qui se passerait dans l'eau mais sans devoir porter un moule bite,
celui qui ne dure pas trop longtemps mais qui est relaxant…
Bref, mission impossible.
Au début, il y a eu le roller.
Oui, le roller, c'est fun, c'est jeune.
Et ca fait mal aux pieds aussi.
J'ai pourtant persévéré. Deux fois par semaine, je partais à l'assaut du grand tour du Parc de la Tête d'Or à Lyon.
Mais à force de faire du roller, tu deviens vite expert en béton, enrobé et autres macadam.
Oui, pour faire du roller, tu es à la recherche permanente du revêtement le plus lisse possible. Tu te rends vite compte que c'est rare. Très rare. La plupart du temps, c'est roller option maladie de Parkinson, tu trembles de partout en roulant sur du béton de merde.
Et puis, comme d'habitude, je me suis lassé.
Tu avances, tu tournes, tu freines et surtout tu te fais drôlement chier.
Le coup de grâce a été porté alors que je cherchais activement des petits boulots pour
arrondir mes fins de mois.
On m'a proposé d'être agent d'accueil au salon international de la lingerie.
Jusque là, c'est plutôt excitant sympa. Seulement, pour faire plus jeune et plus fun, les agents d'accueil devaient être en roller. J'ai accepté alors même que mon niveau de roller était
très nul… j'avais juste besoin d'argent et pour cela j'étais prêt à faire le guignol à roulettes.
Je suis donc resté perché trois jours sur mes rollers à ouvrir la porte à des délégations japonaises, à porter les bagages d'expertes en string et à conduire les mannequins jusqu'à la coulisse du
défilé.
Trois jours à trembler, vaciller et faire des moulinets avec mes bras pour ne pas tomber.
Trois jours avec les pieds en sang, j'ai fini le salon avec deux moignons.
Trois jours à manquer de tomber à chaque virage dans un stand de culottes.
Trois jours à freiner en fonçant dans un mur : seule technique que je connaissais pour m'arrêter.
Bref, trois jours d'horreur
totale.
A la fin du salon, j'ai pris mon chèque et rangé DEFINITIVEMENT mes rollers.
Après, il y a eu le jogging.
Simple, efficace mais profondément, immensément, invraisemblablement CHIANT.
A chaque fois que je cours, j'ai envie de ramener ma montre chez l'horloger pour qu'il vérifie qu'elle ne tourne pas au ralenti.
Montre : 10h00
Premier tour de piste : ok, je ne regarde pas ma montre, c'est le début, concentrons sur… quoi d'ailleurs… Tiens! Sur ce beau soleil de printemps par exemple.
Deuxième tour de piste : putain, mais c'est qu'il fait chaud à crever avec ce soleil brulant de merde. Bon, je regarde ma montre, ça doit bien faire 10 minutes.
Montre : 10h03
"Putain, mais c'est n'importe quoi, j'ai les poumons en fusion, ça ne peut rationnellement pas faire trois minutes!!!"
Troisième tour de piste : essayons de nous concentrer sur quelque chose de positif… mmmhh…J'AI ENVIE DE MOURIR!!! J'ai chaud, je suis essoufflé et surtout JE M'EMMERDEEEEEEEEEE… Allez là, je suis sur que ça fait 10 minutes, je me traîne là quand même.
Montre-pute : 10h06
"AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHH!!!!!!!
Putain, mais 6 minutes, c'est que dalle. Je dois avoir un cancer des poumons, ce n'est pas possible autrement ou alors ma montre a réellement un problème…"
Quatrième tour de piste : Bon, là ça ne peut pas faire moins de 10 minutes. C'est déjà pas mal, je vais m'arrêter et essayer de m'en remettre.
Montre-pute-géante : 10h09
"AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA"
J'ai aussi essayé de courir avec des amis, mais je n'arrive pas à parler en courant donc l'intérêt est limité. En plus, avec un nul, tu as l'impression de promener ton petit neveu au parc et avec un fort, tu as l'impression d'être une grosse vache en surpoids chronique.
J'ai aussi essayé de courir en musique. Seulement le rythme de la musique me perturbe et je ne m'entends plus souffler bref, c'est le bordel respiratoire, je manque l'étouffement à chaque fois sur fond de compagnie créole (quoi, j'écoute ce que je veux d'abord!!!).
J'ai aussi essayé le squash. Très intense, très puissant, mais tu as l'impression que la balle rebondit dans ta tête pendant les deux jours qui suivent. Et puis le fait de rester enfermé dans une salle close avec une porte vitrée, j'ai l'impression d'avoir intégré un vivarium.
Il y a eu l'expérience badminton. Je me disais que ce truc avec ces plumes en plastoque ridicule ne devait pas bien difficile. En fait, tu t'épuises à taper comme un sourd sur cette balle emplumée pour qu'elle daigne s'envoler d'un poil. C'est frustrant. C'est un sport hyper physique alors que quand tu y joues, tout le monde te prend pour Mary Popins.
Et puis, un jour, j'ai fini dans une salle de sport…
Causeries