Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 15:49


Un jour, à force d'entendre que c'était la crise du pouvoir d'achat, j'ai fini par y croire.


Je me suis dirigé tout droit, comme hypnotisé, vers un magasin discount.


Il faut dire qu'au Monoprix, tu as l'impression de te trimbaler avec un écriteau géant marqué "PIGEON".


Dans cette enseigne, ils ont compris toute la psychologie des bobos friqués de centre-ville, ils te foutent du Vincent Delerm en fond sonore, ils t'astiquent les légumes à la peau de chamois et te vendent du petit vin de pays au prix d'un grand cru en te foutant une étiquette design marquée "glamour "en rose fuchsia.


Du coup, j'ai pris mon destin en main, fini la vie de pigeon de ville abruti!


A moi, le discount et ses économies titanesques!


J'ai pris ma voiture direction la zone commerciale.


Faisons fi des préjugés !


A moi la brique de lait Lidl, le jus d'orange ED et la motte de beurre Leader Price


Vive la vie low cost !!!


J'arrive devant l'enseigne du magasin.

Je n'avais jamais trouvé un magasin beau mais d'un coup, je me rends compte que mon supermarché habituel, celui qui nous prend pour des pigeons de ville complètement teubés est… beau…!

 

Et oui.

 

Ici, le magasin ressemble à un vieux hangar désaffecté, le parking est défoncé, et la faune locale évoque davantage une brocante roumaine un dimanche de janvier qu'un supermarché d'alimentation.

 

Je rentre dans le magasin quand soudain mon regard croise celui de… Céline, la secrétaire du bureau/galère où je bosse.

 

Complètement gênés l'un comme l'autre, comme si nous nous étions retrouvé au rayon "DVD gang bang" d'un sex shop, nous commençons à échanger deux mots.

 

- "Bonjour Céline, ça va!"

 

- "Moui, ça va, et toi? Tu te balades?"

 

- "Ben, oui, je me fais tellement chier dans ma vie de merde que je me ballade chez "leader price" le samedi après midi…"

 

- "Oui, je vais, je viens"

 

- "Bon et bien bon après-midi alors et bonnes courses!

 

- "Oui, voilà, à lundi!"

 

J'imagine déjà que lundi 10h00, tout le bureau sera informé que Zadzig il fait ses courses dans un magasin de merde le samedi après-midi. Tout le monde se posera des questions sur mon salaire… tout le monde s'interrogera sur ma radinerie… tout le monde se creusera les méninges pour savoir si je ne suis pas un peu beauf… bref, l'occupation de la semaine prochaine est toute trouvée pour l'armada des secrétaires!

 

Je pénètre dans le magasin. Je suis instantanément saisi par une odeur de vieux chou rouge agonisant.

 

Un simple regard jeté en direction du rayon légume me confirme l'origine de l'odeur pestilentielle : ca sent bien le vieux légume en phase terminale.

 

Je ne prête pas attention aux poireaux qui me jettent des regards de condamnés à mort et je m'enfonce donc plus loin dans les lugubres allées.

 

Dans les rayons, d'un low-cost, il faut savoir que la décoration ce n'est pas la priorité.

 

C'est ambiance virile.

 

Hangar, tôle, béton, carton...

 

L'espace d'un instant, tu pourrais finir par te prendre pour un manutentionnaire et tu chercherais presque du regard ton transpalette.

 

C'est sur qu'ici, on n'est pas chez les tapettes de Monoprix avec leurs éclairages étudiés et leurs parfums d'ambiance.

 

Les cartons éventrés dégueulent leur marchandise au milieu des allées.

 

Tu croirais un magasin pillé.

 

Pourtant, quand tu regardes la gueule des produits, tu te dis qu'il n'y a vraiment pas de quoi s'énerver.

 

Je me rends compte que je suis définitivement un pigeon de centre ville gavé par le marketing et la publicité. Ici, je n'ai envie de rien, sauf de partir en hurlant.

 

Je n'arrive pas à acheter, j'entame donc une dépression nerveuse au rayon gâteaux.

 

Et ça, c'est très mauvais.

 

Je saisis au hasard une boîte de gaufres belges et je me dirige rapidement vers les caisses.

 

La queue est une vraie cour des miracles. Quasimodo, Esméralda, ils ont tous là!

 

Les caissières se sont mises à l'unisson de leur enseigne : pas de décoration superflue…

 

Arrivé dans la voiture, j'arrache la boîte des gaufres et j'en avale une presque d'un coup.

 

Un vieux goût d'huile rance envahit ma bouche…

 

Je poursuis frénétiquement ma dégustation de gaufres industrielles "premier prix".

 

En même temps, je jette un œil aux ingrédients.

 

C'est Tchernobyl.

 

J'ai l'impression d'ingurgiter du goudron sucré.

 

Promis, la semaine prochaine, je me mets au bio!

Par zadzig - Publié dans : Zadzig stories...
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