Partager l'article ! Les sectes professionnelles : leçon 3 : les diplômés d'école de commerce: Dans cette bien jolie catégorie, on trouve des commerciaux, de ...
Dans cette bien jolie catégorie, on trouve des
commerciaux, des marketeux, des financiers, des responsables de ressources humaines, bref, vous pouvez trouver beaucoup de métiers variés mais pourtant ils font tous partie d'une même secte professionnelle : ceux qui
sont passés par les écoles de commerce.
De ce passage dans ces Grandes Écoles, leur cerveau en a gardé des séquelles irréversibles. Pendant leurs années d'école de commerce, ils ont été bercés
dans l'idée qu'ils constituaient la future élite du pays.
Aujourd'hui, ils sont Chef de produit chez Cochonou, trader à New-York ou Chef des ventes des tampons
nana pour la région sud-est… et ils se prennent effectivement pour les rois des cons du
monde.
Comme dans les autres sectes professionnelles, ils ont des thèmes communs et un langage commun.
Genre, au hasard : l'argent!
Ca adore parler oseille. C'est une sorte de compétition géante pour afficher le plus de kilo-euro au compteur. Ben oui, en
école de commerce, on parle de kilo euro, voire de K E, c'est encore plus chic!
On aime bien aussi agiter tout un tas de mot qui ne veulent pas dire grand-chose mais qui font important-et-tout-et-tout genre, "gestion de projet",
"management de projet", "conduite du changement"…
Dans cette secte, l'obsession professionnelle est portée à son comble. En fait, tu peux résumer une discussion de 4 heures en trois thèmes :
- Dans quelle boîte tu bosses?
- Tu fais quoi?
- Tu gagnes combien?
Autant te dire que t'as intérêt à travailler dans une multinationale américaine qui porte un nom pompeux style "Price Gamble Brothers", à dire que tu fais de
la gestion de projet en relation direct avec Hong-Kong, tout ça pour une centaine de kilo euros par an.
Si tu bosses en PME à Clichy-la Garenne, à diriger le service contentieux pour une trentaine de kilo euro par an, tu peux aller allumer le gaz tout de suite,
on ne voit pas bien l'intérêt que tu as à continuer.
Si t'es prof, fonctionnaire ou artisan, on
te regarde avec un petit regard condescendant genre le même qu'on porte aux chiens galeux dont personne ne veut à la SPA.
Dans une soirée d'école de commerce, t'as pas de hobbies, pas de famille, pas d'amis, t'as juste un travail et un plan de carrière tapissé sur les parois de ton
cerveau.
Ben oui, le boulot, c'est le seul truc un peu valable dans la life.
En fait, il faut être un peu initié pour comprendre.
Dans la tête de ces gens, quand tu parles, c'est comme à l'eurovision, il y a un système de points qui s'affichent dans le cervelet.
"Bonjour, je travaille à Singapour
(+10 points : l'avenir est du côté des bols de riz!), dans une banque d'investissement (+20 points : ce n'est pas une banque de mamie!), dans une tour en verre (+5 points : +1 point par dizaine d'étages), je fais de la gestion de projet (+ 10 points
: on sait pas bien ce que ça veut dire mais c'est classe!) et mon projet c'est de faire de la conduite du changement (+ 30
points, on capte rien mais c'est définitivement la classe!), je suis payé 60 K€ par an (+15 points : vue le niveau
de vie là-bas, je suis Rockefeller)"
En réalité j'ai rencontré cette personne. Le changement qu'elle devait conduire c'était un déménagement. La banque passait d'une tour à
l'autre. Il fallait gérer la taille du bureau de Michel, la déco de celui de Chang et choisir entre différents type de marbre pour le
sol des chiottes.
Mais comme tout ça, c'est un peu trop concret et pas assez glamour elle préfère dire qu'elle conduit le changement plutôt qu'elle fait
le job des "Déménageurs bretons".
Les gens des écoles de commerce, on leur apprend à se vendre comme n'importe quel produit. Du coup, quand ils parlent, t'as l'impression que le monde il tournerait plus comme avant s'ils
disparaissaient d'un coup.
En fait, en grattant un peu, tu te rends rapidement compte que la plupart brasse du vent comme un champ d'éolienne en pleine
mer.
Sauf qu'ils ne produisent même pas d'électricité ces cons!...
Pendant une soirée d'école de commerce, il faut s'amuser à briser leur discours bien rôdé. Genre tu demandes au mec en face ce qu'il fait :
"Chef de produit chez Amora"
"Ah ben c'est chouette tout ça et ça consiste en quoi?"
"Je suis responsable de toute la gamme mayonnaise, j'ai pour objectif d'accroître notre part de marché, actuellement je suis sur un gros projet packaging"
"Donc en gros, tu t'occupes de la vente de mayo, t'essayes d'en fourguer un maximum à la ménagère en l'attirant avec des couleurs flashy et des formes
funky"
"Oui, enfin, c'est un peu grossier comme description"
"Oui, mais ton gros projet packaging, ça consiste en quoi?
"Et bien nous réfléchissons à un bouleversement des codes couleurs de la gamme"
"Tu te demandes si tu vas passer l'étiquette du rouge au bleu, c'est ça?"
"Pas exactement mais c'est vrai que nous nous sommes posés la question du bleu et les nombreuses études de marché démontrent que nous pourrions gagner en taux de pénétration sur la cible des
35-50."
Voilà, comment on démasque un mec qui fait partie de la secte professionnelle des diplômés d'école de commerce et qui est payé 60 K€ pour changer
une couleur d'étiquette sur un pot de mayonnaise!
Causeries