La honte parfois, vous la subissez par l'intermédiaire de
quelqu'un...
Un ami un peu boulet que vous ramenez dans une soirée…
Un vieux cousin qui pourrit les repas de famille avec ses blagues de cul pas drôles qui défrisent mamie…
Ou alors, une nouvelle
copine que vous ne connaissez pas encore trop et que vous ramenez à un dîner entre amis…
Vous savez, le genre de filles sur qui on tombe en période de
famine sentimentale intense, de grève du slip éternellement reconduite ou de transformation progressive en Père Abbé d'un monastère traditionnaliste…
… croisée au hasard d'une cucaracha party en discothèque… rencontrée sur un réseau de rencontre par internet ou… choisie parmi les petites stagiaires écervelées du boulot…
Bref, des rencontres qu'on aurait du éviter, des jours où on
aurait du rester à la maison à regarder des conneries à la télé (mais qui a parlé de Confessions Intimes??).
En l'occurrence, la demoiselle, je la rencontre en boîte de nuit
(pas de commentaires!). Archi bourré version "personne ne m'aime/ je vais mourir seul/ on mettra un mois à signaler ma disparition/ j'aurais pourri sur place dans mon
appartement", je décide donc de tenter l'opération de la dernière chance pour me
sortir du célibat et je commence à engager la conversation avec une jeune fille qui me semble sympathique.
Honnêtement, j'ai peu de souvenir de cette discussion.
Cela explique peut être la suite... Tout ce que je sais, c'est que pour une première expérience de drague en boîte, le résultat est là : je repars avec son
numéro de téléphone. Elle s'appelle Amandine.
On se revoit deux jours plus tard. On discute un petit peu, je
la trouve fraîche, amusante, un peu enfantine comme j'aime. Très rapidement, l'aspect enfantin est passé au second plan pour laisser place à la séquence réservée
aux adultes!
Le lendemain, un ami m'appelle pour me proposer de venir dîner
chez lui et sa compagne avec quelques amis d'École. Je connais bien cet ami et je connais encore mieux le type de soirée qu'il me propose. La dernière fois, j'étais le seul célibataire au milieu
de trois couples. Dans ce genre de situation, vous rentrez chez vous à moitié révolté de constater que des gens même débiles, même affreux, mêmes
insignifiants parviennent à connaître les joies de la vie de couple…
Évidemment, j'attends qu'il me dise la phrase fétiche
:
"Tu peux amener quelqu'un, si tu veux!"
Or, rien ne vient, si ce n'est :
"J'imagine que tu viendras
seul?"
Là, j'avoue que je suis un peu piqué au vif. Je m'enferme dans le rôle de l'éternel célibataire, le mec incapable de vivre un truc un peu construit avec quelqu'un, et je
n'aime pas trop cette idée!
Alors, je me surprends à lui répondre :
"Et bien si, je serai accompagné. J'ai rencontré quelqu'un!"
A la fin de ma phrase, je réalise bien la part d'inconscience
qu'il m'a fallu pour m'engager comme cela. J'invite à dîner chez des amis (plutôt "classiques" dirons-nous), une fille rencontrée deux jours avant en boîte de nuit alors que j'étais dans un état
d'ébriété avancé.
C'est ce qu'on pourrait appeler un pari, un challenge ou plus sobrement une grosse
connerie!...
Je propose donc à Amandine qui accepte immédiatement.
Malheureusement, elle n'est pas disponible le soir même, histoire de mieux faire connaissance... On doit donc se
retrouver juste avant le dîner au bas de l'immeuble de mon ami.
L'heure du dîner approche. Je me prépare, pars en voiture et
arrive avec quelques minutes d'avance. Amandine est déjà là, emmitouflée dans son
manteau. Elle se jette à mon cou, m'embrasse avec insistance, me caresse le cou, bref, elle en fait trop! Beaucoup trop à mon goût en tout cas. J'en profite
pour lui dire que mes ami(e)s sont des gens plutôt classiques, ils sont un peu dans le moule du jeune cadre dynamique, version bonne famille de province.
Il faut donc qu'elle garde un comportement discret, une attitude à la fois sereine et élégante (genre Carla Bruni, version voyage chez Elizabeth II).
Quand on ouvre la porte, je sens la curiosité qui jaillit dans
le regard de mes ami(e)s. Amandine commence à enlever son manteau. C'est à ce moment que j'entends sur un ton plutôt ironique :
"Oh, il est sympa
ce haut!"
Rien qu'à l'intonation de mon ami, j'ai compris le second degré. Je ne le sais pas encore mais cette phrase sonne le signal du début du déclenchement de la
catastrophe.
Amandine se retourne souriante et j'aperçois alors son
tee-shirt…
Pour se l'imaginer, il faut visualiser une sorte de matière en
véritable boule à facette sur laquelle on aurait écrit en
énorme avec un stylo à paillettes fuchsia "Sexy Girl".
Le premier tee-shirt qui peut tuer instantanément les épileptiques et les clients de Cyrillus.
En fait, dès ce moment là, j'aurais du m'enfuir, partir loin et
faire une croix sur ces amis... Hélas, je suis resté.
La discussion commence. Amandine reste plutôt muette et je
préfère ça. Je me demande comment j'ai pu me mettre tout seul dans une situation comme celle-là. Une fille qui met un tee-shirt pareil pour un premier dîner chez des amis ne peut être
normale.
Apéro. Passage à table. Pour l'instant, à part le tee-shirt,
tout va bien!
Puis la conversation vire sur les États-Unis. Le voyage aux
États-Unis d'un jeune couple invité comme nous, la Californie… la bouffe… la culture américaine… la politique américaine...
C'est alors qu'Amandine décide courageusement de sortir de son
mutisme. Elle lance :
"Leur Président Georges Bûche, déjà, c'est du n'importe quoi!"
Silence total...
général... radical…
Je suis limite en crise de
tétanie...
Mon ami reprend :
"C'est marrant ça, comment tu prononces Georges Bush?
Et Amandine lancée comme un bolide sans frein qui fonce droit
dans un mur
"Ben, Georges Bûche, c'est bien un U, non?"
Je m'interpose, déjà blasé...
"Oui, mais ça se prononce "Ou" : Georges
Bush"
Comment expliquer que cette fille ne sache pas prononcer correctement le nom du président américain?
a-
c'est une grande intellectuelle qui n'écoute ni la radio, ni la télévision mais qui lit beaucoup la presse et, naïvement, prononce Bush à la
française.
b-
c'est un robot envoyé par les Martiens pour envahir la planète Terre et elle est en plein bug informatique.
c-
elle est à moitié débile et il faut simuler une gastro foudroyante pour quitter le dîner sur le champ.
d-
c'est une sombre conne et le seul moyen d'arrêter l'humiliation qu'elle me fait subir est de lui planter un couteau dans le
dos.
Gentiment, un des invités poursuit la conversation sur la guerre
en Irak. Je jette un regard noir à Amandine qui ne paraît pas particulièrement gênée. Mon ami me lance un regard amusé, je lui souris l'air un peu complètement désespéré.
Le dîner se poursuit, dès qu'Amandine tente de parler,
je parle fort pour l'interrompre et éviter
une nouvelle catastrophe. Je bois un peu pour faire passer ce grand moment de solitude. Puis, forcément, je baisse la garde. Et pendant 15 minutes, nous
assistons à un véritable festival de connerie en barre.
On évoque le chômage. Amandine suggère de réformer la SPA pour
mieux traiter les chômeurs.
"Tu veux pas plutôt parler de l'ANPE?"
Et puis, toujours
avec cette incroyable façon de s'enferrer avec insistance dans le ridicule.
"Mais non, je parle bien de la SPA, tu sais le truc où tu vas
quand tu cherches du boulot"
On parle de l'Afrique du Sud.
"Il paraît qu'en fait, il fait super froid en Afrique du Sud,
alors que, pourtant, c'est situé au Sud".
"Euh, tu ne confonds pas avec le Pôle
Sud???"
J'en passe et des meilleurs, un véritable prix Nobel de la bêtise et de l'inculture.
Et puis, vient le moment du départ. Je suis abattu, j'ai passé
une affreuse soirée. Je veux simplement mettre un terme à l'humiliation que me
fait subir "Sexy Girl".
Mon ami lui lance avant de partir :
"Et au fait, comment vous vous êtes
rencontrés?"
Amandine, décidément très en forme en fin de soirée, commence
:
"Ben, en fait, je vais tous les samedis soirs en boîte
(ça commence déjà très fort et très classe!) et samedi dernier, je suis tombé sur lui et ça a été un vrai
coup de foudre mutuel".
Je n'ai même plus la force de répondre et de corriger ses propos en
précisant que :
- j'avais trois grammes d'alcool dans le sang...
- que j'avais un
coup de blues à déprimer Annie Cordy...
- que j'avais juste besoin de compagnie, un chat aurait fait l'affaire, mais sur une piste de boîte de nuit, un chat, c'est moyen trouvable...
- qu'il n'y a jamais eu de coup de foudre à part dans son
cerveau déglingué...
- que je vais quitter cette fille dans les cinq minutes qui
suivent...
Je remercie mes amis pour ce délicieux dîner et tourne les
talons.
Au bas de l'immeuble, je dis rapidement au revoir (Adieu) à
Amandine qui me lance :
"Ca va, j'ai pas dit trop de bêtises?"
Causeries